Musée Hector Berlioz

1 DIMANCHE = 1 DECOUVERTE : Le piano de Marie Recio


Piano de Marie RecioCe dimanche, je vous propose de (re)découvrir un meuble-instrument que je présente régulièrement, comme cet après-midi, lors de mes visites guidées au Musée Hector Berlioz à La Côte Saint André, où il a pris ses quartiers en Juin 2015 : le piano de Marie Recio, seconde épouse du compositeur Hector Berlioz.

Un piano qui fut mis en vente sur le bon coin en Normandie durant l'été 2014 pour la modique somme de 800€... mais ça, c'était avant de retrouver dans les archives, grâce à son numéro de série, le nom de ses premiers propriétaires !

Le Conseil Départemental de l'Isère a alors acquis ce piano pour enrichir les collections du Musée Hector Berlioz.

Une petite vidéo a été créée, pour vous raconter plus en détails l'histoire de ce piano :



Avant de rejoindre la chambre natale d'Hector, ce piano Erard a bénéficié d'une restauration dans les règles de l'art, réalisée par Fritz Janmaat, de la Maison Erard d'Amsterdam.

Musee hector berlioz piano marie recio avant et apres restauration


Celui-ci nous a expliqué son travail dans la vidéo suivante, qui nous présente aussi les spécificités de l'instrument... et nous en fait écouter quelques notes !

Vous pouvez désormais admirer ce piano en visitant (avec ou sans moi... mais avec moi c'est forcément mieux ! ;-) ) le Musée Hector Berlioz, au 69 Rue de la République à La Côte Saint André, 2e étage, première porte à droite... dans la chambre natale !

 

Votre guide de poche, Steve.

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Mon programme de visites guidées en Septembre 2019 !

Bonjour à tous !

J'espère que vous allez bien, et que vous avez passé un bel été !
Pour ma part il fut bien chargé, avec plus d'une soixantaine de visites au programme... récompensées par quelques petits jours de congés bien mérités !
Mais il est déjà l'heure de la rentrée pour votre guide de poche, avec un mois de septembre riche en visites et nouveautés, quasiment toutes GRATUITES !


NOUVEAU PARTENAIRE DANS L'AIN : LE SIDEFAGE


Cela commence ce weekend, à Bellegarde-sur-Valserine, avec ma participation au "Village du Recyclage et de la Valorisation", organisé par le SIDEFAGE (Syndicat Mixte de Gestion des Déchets du Faucigny Genevois, Pays bellegardien, Pays de Gex, Haut-Bugey).


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Lors de cet événement qui regroupe tous les acteurs du recyclage et de la valorisation de nos déchets, venez découvrir la seconde vie de vos déchets, après votre poubelle... que deviennent-ils ? Comment sont-ils valorisés ? Certains vont se transformer en nouveaux objets, d'autres vont servir à produire de l'électricité, et d'autres encore, comme les déchets verts, feront un retour à la terre pour la nourrir et la fortifier. Pour cela, une multitude de métiers se coordonnent... et sont à découvrir lors de cet événement !
 

J'aurai pour ma part l'occasion d'assurer mes premières visites du CIEL, le Centre d'Immersion Educatif et Ludique mis en place par le SIDEFAGE pour expliquer au grand public le fonctionnement de son usine d'incinération de déchets ménagers.

Toutes les animations sont GRATUITES alors profitez-en !
 
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VISITE A L'AVEUGLE : C'EST LA DERNIÈRE ! 
 
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Dernière date de la saison 2019 ce Dimanche 15 Septembre à 16h pour ma nouvelle visite sensorielle "La Grange Dimière les yeux bandés" qui permet de (re)découvrir le lieu et l'exposition de céramiques de Bénédicte Vallet d'une manière originale, ludique et inédite, en se privant de la vue pour réveiller tous les autres sens !
Places limitées, inscription auprès de la Grange Dimière au 04-76-55-64-15 (4.50€/pers + de 26 ans).


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LES JOURNÉES EUROPÉENNES DU PATRIMOINE
EN PAYS D'ART ET D'HISTOIRE DU PAYS VOIRONNAIS


Comme depuis plusieurs années, je suis mobilisé tout le weekend des Journées Européennes du Patrimoine sur le territoire du Pays Voironnais, cette fois autour de la thématique nationale des arts et du divertissement, plus particulièrement des lieux du divertissement
 

Samedi 21 Septembre à 10h / Dimanche 22 Septembre à 14h (durée 2h)

SPECTACULAIRE ! LES ESPACES DU DIVERTISSEMENT À RIVES / Devant la mairie, Place de la Libération, Rives

Le Pays d’art et d’histoire du Pays Voironnais vous invite lors d’un parcours inédit à venir explorer les lieux où prenaient place les spectacles rivois, publics et privés, au tout début du siècle dernier : théâtre, ballet, musique… Autant de sources d’étonnement pour découvrir le patrimoine autrement.

Samedi 21 septembre, à 14h (durée 1h) et à 16h (durée 1h)

IL ÉTAIT UNE FOIS… UNE SALLE DE CINÉMA / Espace Versoud, route du bourg, Saint-Geoire-en-Valdaine

Le Pays d’art et d’histoire du Pays Voironnais et la commune de Saint-Geoire en Valdaine mettent à l’honneur le 7e art pour la 36e édition des Journées Européennes du Patrimoine. Découvrez avec moi l’ancienne salle de cinéma de la ville, transformée aujourd’hui en salle polyvalente.

Dimanche 22 septembre, à 10h (durée 1h30)

SPECTACULAIRE ! LES ESPACES DU DIVERTISSEMENT À VOIRON / Devant l’église Saint-Bruno, place de la République, Voiron

Le Pays d’art et d’histoire du Pays Voironnais vous invite à partir en quête des lieux qui ont marqué l’histoire du spectacle et autres divertissements à Voiron. Un circuit inédit qui ne manquera pas de vous surprendre : anciens théâtres, promenade plantée, salle de spectacle reconvertie… Que reste-il de ces lieux, autrefois arpentés par tous et fréquentés avec ferveur ?

Tous ces rendez-vous sont bien sûr GRATUITS !

 

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UNE BALADE AU FIL DU SOUVENIR D'HECTOR BERLIOZ A MEYLAN...

 

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Le Samedi 28 Septembre 2019, à partir de 14h30, j'aurai le plaisir d'animer un après-midi berliozien à Meylanà la demande de l'Association "Site et Patrimoine Meylanais".

Après une présentation de l'artiste au sein du Clos des Capucins ponctuée de quelques extraits musicaux, nous partirons pour une balade sur les chemins du Vieux Meylan pour rejoindre la fameuse "maisonnette blanche, entourée de vignes et de jardins, d'où la vue plonge sur la vallée de l'Isère", là où Berlioz connut ses premiers émois amoureux en rencontrant, enfant, la belle Estelle, des souvenirs que l'on évoquera au fil des lectures des Mémoires et Correspondances d'Hector. L'après-midi se terminera de manière conviviale autour d'une dégustation d'un vin du Mas du Bruchet.

Balade GRATUITE mais inscription obligatoire auprès de l'association pour évaluer le nombre de participants :  siteetpatrimoinemeylanais@gmail.com  
 

... ET L'EXPOSITION "TROP FORT HECTOR !" TOUJOURS A L'AFFICHE AU MUSÉE HECTOR BERLIOZ !
 
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Le lendemain, le Dimanche 29 Septembre 2019, à 15h30, on poursuivra notre voyage berliozien avec ma présentation de l'exposition "Trop Fort Hector" au Musée Hector Berlioz, pour découvrir l'évolution de l'image de l'artiste depuis sa disparition le 8 mars 1869, comment peu à peu, on a voulu faire de l'artiste boudé de son vivant, une figure nationale bien après sa mort... et un véritable roi du marketing aujourd'hui !

Visite GRATUITE sans inscription préalable.
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Voilà pour le programme de ce mois de septembre ! 

J'espère qu'il vous plait,et que j'aurai l'occasion de vous retrouver lors de l'un de ces rendez-vous patrimoniaux !

D'ici là, je vous souhaite un beau mois de septembre, et un bon début d'automne... à très vite ! :)
 
 
Steve, votre guide de poche !
 
 
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Mes visites guidées estivales 2019

Après un début d'année record, avec plus de 80 groupes guidés en 6 mois, l'été s'installe et les groupes se calment un peu... mais pas de vacances pour autant pour votre guide de poche, bien au contraire ! 

Cette année, grâce à de multiples partenariats avec des organismes publics et des sites privés, je suis en mesure de vous proposer une riche programmation d'une soixantaine de visites guidées sur tout le département de l'Isère sur les deux mois de l'été ! 

Je vous laisse les découvrir, en espérant vous croiser au cours de l'une d'entre elles ! :-)

 

Programme GINSTEVE été 2019

Programme GINSTEVE été 2019 Calendrier

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1 DIMANCHE = 1 DECOUVERTE : Estelle met un râteau à Hector Berlioz

La semaine dernière, je vous dévoilais la longue lettre de déclaration d'amour du compositeur romantique Hector Berlioz (dont je fais visiter régulièrement la maison natale à La Côte Saint André), à son amour d'enfance, Estelle, qu'il a retrouvé après 49 ans d'absence... aujourd'hui, il est temps de découvrir la réponse de la belle, qui malheureusement pour Hector, ne sera pas la réponse attendue puisqu'Estelle va lui mettre ce qu'on appelle familièrement un gros "râteau" !

Alors si vous aussi vous cherchez de l'inspiration pour éconduire un(e) prétendant(e), à vos carnets, prenez des notes ! 



Estelle Fornier (née Dubeuf)Lyon, 29 septembre 1864.

Monsieur,

Je me croirais coupable envers vous et moi-même, si je ne répondais pas tout de suite à votre dernière lettre, et au rêve que vous avez fait sur les relations que vous désirez voir s'établir entre nous. C'est le coeur sur la main que je vais vous parler.
Je ne suis plus qu'une vieille et bien vieille femme (car, monsieur, j'ai six ans de plus que vous), au coeur flétri par des jours passés dans les angoisses, les douleurs physiques et morales de tout genre, qui ne m'ont laissé sur les joies et les sentiments de ce monde aucune illusion. Depuis vingt ans que j'ai perdu mon meilleur ami je n'en ai pas cherché d'autre ; j'ai conservé ceux que d'anciennes relations m'avaient fait ainsi que ceux que des liens de famille m'attachaient naturellement. Depuis le jour fatal où je suis devenue veuve j'ai rompu toutes mes relations, j'ai dit adieu aux plaisirs, aux distractions, pour me consacrer tout entière à mon intérieur, à mes enfants. C'est donc là ma vie depuis vingt ans ; c'est une habitude pour moi dont rien maintenant ne peut rompre le charme ; car c'est dans cette intimité du coeur que je puis trouver le seul repos des jours qu'il me reste à passer dans ce monde ; tout ce qui viendrait en troubler l'uniformité me serait pénible et à charge.

Dans votre lettre du 27 courant vous me dites que vous n'avez qu'un désir, celui que je devienne "votre amie" à l'aide d'un échange de lettres. Croyez-vous sérieusement, monsieur, que cela soit possible ? Je vous connais à peine depuis quarante-neuf ans, je vous ai revu vendredi passé quelques instants ; je ne puis donc apprécier ni vos goûts, ni votre caractère, ni vos qualités, seules choses qui sont la base de l'amitié. Quand il y a entre deux individus les mêmes manières de voir et de sentir, alors la sympathie peut naïtre et arriver ; mais, établir ce que vous attendez de moi ; pour ma part je le crois impossible. Du reste, je dois vous avouer que je suis extrêmement paresseuse pour écrire, j'ai l'esprit aussi engourdi que les doigts ; j'ai une peine extrême à remplir à cet égard mes obligations indispensables. Je ne pourrais donc vous promettre de commencer avec vous une correspondance qui pût être suivie, je manquerais trop souvent à ma promesse pour ne pas vous en avertir d'avance s'il vous est agréable de m'écrire quelque fois je recevrai vos lettres, mais n'attendez pas mes réponses exactement ni promptement.

Vous désirez aussi que je vous dise : "Venez me voir" ; cela n'est pas possible, pas plus que de vous dire : "Vous me trouverez seule" ; le hasard, vendredi, a voulu que je fusse seule pour vous recevoir ; quand je serai à Genève avec mon fils et sa femme, si, quand vous vous présenterez chez eux, je suis seule, je vous recevrai, mais s'ils m'entourent au moment de votre visite, il vous faudra subir leur présence, car je trouverais fort inconvenant qu'il en fût autrement.

C'est avec toute la franchise et la sincérité qui sont le fond de mon caractère que je vous ai tracé ce que je pense et ce que je sens. Je crois devoir encore vous dire qu'il est des illusions, des rêves, qu'il faut savoir abandonner quand les cheveux blancs sont arrivés, et avec eux le désenchantement de tous sentiments nouveaux, même ceux de l'amitié, qui ne peuvent avoir du charme que lorsqu'ils sont nés de relations suivies et dans les heureux jours de la jeunesse. Ce n'est pas, selon moi, au moment où le poids des années se fait sentir, où leur nombre nous a apporté l'expérience de toutes les déceptions, qu'il faut commencer des relations. Je vous avoue que pour moi j'en suis là. Mon avenir se raccourcit tous les jours ; à quoi bon former des relations qu'aujourd'hui voit naître et que demain peut faire évanouir ? Ce n'est que se créer des regrets.

Ne voyez, monsieur, dans tout ce que je viens de vous dire, aucune intention de ma part de blesser les souvenirs que vous avez pour moi ; je les respecte et je suis touchée de leur persistance. Vous êtes encore bien jeune par le coeur, pour moi il n'en est pas ainsi, je suis vieille tout de bon, je ne suis plus bonne à rien qu'à conserver, croyez-le, une large place pour vous dans mon souvenir. J'apprendrai toujours avec plaisir les triomphes que vous êtes appelé à avoir.

Adieu, monsieur, je vous dis encore : recevez l'assurance de mes sentiments affectueux.



Estelle Fornier

 

C'est ce qu'on appelle un râteau dans les règles de l'art ! 
Et quand bien même notre Hector obtiendra d'Estelle par la suite quelques lettres et même quelques rares entrevues, leur relation restera purement amicale... à son grand desespoir !

A très vite pour un prochain billet-découverte !


Steve VACHET, votre guide de poche !

 

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1 DIMANCHE = 1 DECOUVERTE : Hector Berlioz et sa grande déclaration d'amour à Estelle Fornier

Estelle Fornier (née Dubeuf)

La visite du Musée Hector Berlioz, à La Côte Saint André, est l'une de mes plus anciennes visites guidées. Elle a beaucoup évolué depuis mes toutes premières interventions en 2011 ! J'ai, en 9 ans, beaucoup enrichi mon discours, notamment de petites lectures d'extraits des Mémoires de l'artiste, ou, plus croustillant encore, de sa Correspondance, une façon d'entrer au coeur de l'intimité de notre cher Hector Berlioz.

Aujourd'hui, en cette semaine de Saint Valentin, j'ai même guidé une visite inédite tournant autour des Amours de Berlioz uniquement... et près d'une vingtaine de personnes ont répondu présentes, et ont apprécié ce voyage dans la vie amoureuse d'Hector, à la lecture de ses Mémoires et de ses lettres.

Pour ce billet découverte ce dimanche, j'ai justement choisi de partager avec vous ce qui est sans doute l'une de ses plus belles lettres : elle est adressée à Estelle Fornier (née Dubeuf), son amour d'enfance rencontrée à Meylan (amour impossible car il avait 12 ans lorsqu'il a fait connaissance de la belle qui en avait... 18 ! Eh oui, précoce le petit ! ;-)). Il revoit brièvement Estelle un demi-siècle plus tard, en septembre 1864, elle est alors veuve... l'entrevue sera courte, mais il en ressort tout chamboulé, au point, dès son retour à Paris, de déclarer sa flamme à Estelle à travers la lettre suivante :



27 septembre 1864

Paris 4 rue de Calais

Madame,

Vous m’avez accueilli avec une bienveillance simple et digne dont bien peu de femmes eussent été capables en pareil cas. Soyez mille fois bénie. Depuis que je vous ai quittée je souffre beaucoup cependant. J’ai beau me répéter que vous ne pouviez me recevoir mieux, que tout autre accueil eût été peu convenable ou cruel, mon malheureux cœur saigne comme s’il eût été blessé. Je me demande pourquoi, et voici la raison que je trouve : c’est l’absence, c’est que je vous ai vue trop peu, que je ne vous ai pas dit le quart de ce que j’avais à vous dire, et que je suis parti presque comme s’il s’agissait d’une éternelle séparation. Et pourtant vous m’avez donné votre main, je l’ai pressée sur mon front, sur mes lèvres, et j’ai contenu mes larmes ; je vous l’avais promis. Mais j’ai un besoin impérieux, inexorable, de quelques mots encore que vous ne me refuserez pas, je l’espère.

Songez que je vous aime depuis quarante-neuf ans, que je vous ai toujours aimée depuis mon enfance, malgré les orages de toute espèce qui ont ravagé ma vie. La preuve en est dans le profond sentiment que j’éprouve aujourd’hui ; s’il eût un seul jour cessé d’être, il ne se fût pas ranimé sans doute, dans les circonstances actuelles. Combien y a-t-il de femmes qui se soient jamais entendu faire une telle déclaration.

Ne me prenez pas pour un homme bizarre qui est le jouet de son imagination. Non, je suis seulement doué d’une sensibilité très vive, alliée, croyez-le bien, à une grande clairvoyance d’esprit, mais dont les affections vraies sont d’une puissance incomparable et d’une fidélité à toute épreuve. Je vous ai aimée, je vous aime, je vous aimerai, et j’ai soixante et un ans, et je connais le monde et n’ai pas une illusion.

Accordez-moi donc, non comme une sœur de charité accorde ses soins à un malade, mais comme une noble femme de cœur guérit des maux qu’elle a involontairement causés, les trois choses qui seules peuvent me rendre le calme : la permission de vous écrire quelquefois, l’assurance que vous me répondrez et la promesse que vous m’inviterez, au moins une fois de l’an, à venir vous voir.

Mes visites pourraient être inopportunes et par suite importunes si je les faisais sans votre autorisation. Je n’irai donc auprès de vous, à Genève ou ailleurs, que quand vous m’aurez écrit : Venez !

À qui cela pourrait-il paraître étrange ou malséant ? Qu’y a-t-il de plus pur qu’une liaison pareille ? Ne sommes-nous pas libres tous les deux ? Qui serait assez dépourvu d’âme et de bon sens pour la trouver blâmable ? Personne, pas même vos fils ; ils sont, je le sais, des jeunes gens fort distingués. J’avoue seulement qu’il serait affreux de n’obtenir le bonheur de vous voir que devant témoins. Si vous me dites : « Venez », il faut que je puisse causer avec vous comme à notre première entrevue de vendredi dernier, entrevue que je n’ai osé prolonger et dont je n’ai pu goûter le charme douloureux à cause des efforts terribles que je faisais pour refouler mon émotion.

Oh ! madame, madame, je n’ai plus qu’un but dans ce monde, c’est d’obtenir votre affection. Laissez-moi essayer de l’atteindre. Je serai soumis et réservé ; notre correspondance sera aussi peu fréquente que vous le voudrez, elle ne deviendra jamais pour vous une tâche ennuyeuse, quelques lignes de votre main me suffiront. Mes voyages auprès de vous ne pourront être que bien rares ; mais je saurai que votre pensée et la mienne ne sont plus séparées et qu’après tant de tristes années où je n’ai rien été pour vous, j’ai enfin l’espérance de devenir votre ami. Et c’est rare un ami dévoué comme je le serai. Je vous environnerai d’une tendresse si profonde et si douce, d’une affection si complète, où vous trouverez confondues dans le sentiment de l’homme les naïves effusions de cœur de l’enfant. Peut-être y sentirez-vous du charme ; peut-être, enfin me direz-vous un jour  « Je suis votre amie » et voudrez-vous avouer que j’ai bien mérité votre amitié. Adieu, madame, je relis votre billet du 23 et j’y vois à la fin l’assurance de vos sentiments affectueux ; c’est n’est pas une banale formule ? n’est-ce pas ? n’est-ce pas ?

À vous pour toujours.

HECTOR BERLIOZ.

 

Après une telle déclaration, on se demande bien quelle fut la réponse d'Estelle... fut-elle touchée par les mots de notre Hector ? Fut-elle indifférente ? 
Patience... je vous dévoilerai sa réponse dans le prochain billet découverte ! ;-)

Votre guide de poche, Steve

 

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